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  • Sébastien CHAUVIN

CERES : des actions concrètes en faveur de la connectivité écologique dans le sud-ouest européen

Dernière mise à jour : 8 nov. 2021


Maintenir et améliorer la connectivité écologique entre milieux naturels : c’est l’un des leviers actuels majeurs d’adaptation au changement climatique et de préservation de la biodiversité. Et les arbres -des haies, des forêts ou aux abords des cours d’eau- constituent des « ponts » essentiels entre les divers espaces terrestres, garantissant le déplacement et l’accomplissement des cycles de vie des espèces animales et végétales qui composent les écosystèmes. En 2018, à travers le programme Interreg SUDOE, l’Union Européenne s’investie dans la gestion locale de la connectivité des habitats forestiers et rivulaires [1] du sud-ouest européen en lançant le projet CERES (Connectivité des Écosystèmes forestiers et Rivulaires de l'espace Sudoe) dans lequel participent 10 partenaires français, espagnols et portugais[2].

Son objectif ? Mener des actions concrètes pour améliorer la qualité écologique et la connectivité de différentes zones du sud-ouest européen.

Des actions concrètes conciliant préservation de la biodiversité et production de bois

Plantation de haies sur des parcelles agricoles pour faciliter le déplacement et le nichage d’espèces, diminution du volume de prélèvement de bois, conservation du bois mort au sol… Impulsés par le projet, des actions de terrain à échelle locale sont en cours sur 9 sites arborés du sud-ouest européen. Quotidiennement concernés par l’intégration de la biodiversité dans la production de bois, les gestionnaires et propriétaires forestiers sont ainsi au cœur du projet CERES. C’est grâce à leur collaboration avec les acteurs scientifiques du projet que ces sites dits « pilotes » ont été déterminés. Pour chaque site, une espèce bio-indicatrice a été choisie, dont les exigences en matière de connectivité écologique ont guidé les travaux sylvicoles. Ainsi, le vison d’Europe (Mustela lutreola) est suivi sur des sites rivulaires de Charente, la chauve-souris (chiroptère) dans des milieux agroforestiers d’Occitanie, le grand tétra (Tetrao urogallus) en milieu forestier de Catalogne et l’ours brun (Ursus arctos) en Castille et Léon.

Mais, dans plusieurs territoires du projet, la préservation de la biodiversité n’est pas la seule priorité :

« Les travaux sylvicoles réalisés dans le cadre du CERES visent à favoriser au maximum l’espèce sur laquelle on travaille tout en améliorant le peuplement forestier afin qu’il soit également rentable et que le bois soit de qualité » explique Maxime Jourde, ingénieur au CRPF (Centre Régional de la Propriété Forestière) d’Occitanie, partenaire du projet CERES.

Le chargé de mission au CRPF supervise notamment les actions sur le site pilote de Seveyrac (Aveyron) située dans une forêt ancienne de frênes et chênes pédonculés, dont les qualités environnementales font d’elle un sujet d’étude prioritaire pour les naturalistes et les forestiers. Étant au cœur d’une zone agricole, cette forêt constitue un habitat essentiel pour les chiroptères (espèce bio-indicatrice) et un élément important pour la connectivité écologique de la zone. L’objectif premier des travaux a donc naturellement été le maintien de l’état boisé du site. Afin de pallier la difficulté de la forêt à se régénérer spontanément, des plantations de chêne sessile (dont l’adaptation au changement climatique est prédite comme meilleure que celle du chêne pédonculé) ont été réalisées dans les trouées. De plus, une irrégularisation du peuplement (favoriser des arbres de hauteurs et diamètres différents) a été entreprise :

« ce type de peuplement irrégulier semble être le plus résilient au changement climatique et constitue l’un des habitats les plus accueillant pour la biodiversité » précise l’ingénieur.

Des sites pilotes comme outils de démonstration et de sensibilisation

Les sites pilotes du projet CERES, à l’instar de celui de Seveyrac, constitueront des sites de démonstration, des outils de formation à destination des propriétaires forestiers, des élus et professionnels de la filière bois. « Nous pourrons montrer directement des exemples visibles d’un chantier réussi : peu de casse, un sol non dégradé, de la régénération qui constituent ainsi des éléments de valorisation à court terme » explique Maxime Jourde. Que les propriétaires forestiers se rassurent :« Si les aménagements peuvent potentiellement provoquer un déficit financier à court terme, les propriétaires s’y retrouveront à long terme grâce à la prévalue sur la régénération naturelle » ajoute-t-il. Une valorisation à long terme qui sera accompagnée par le CRPF -au-delà du projet CERES- car le peuplement rentre automatiquement dans son réseau et sera suivi sur 3, 5 et 10 ans. Finalement, « le projet CERES a été un formidable tremplin pour mettre en place des itinéraires forestiers innovants » conclut l’ingénieur forestier.



 

Plus d'informations et de nouvelles : https://www.ceres-sudoe.eu/blog

 

[1] Rivulaire : relatif au biotope d’une rivière [2] Les partenaires du projet CERES sont FORESPIR (Chef de File, France-Espagne-Andorre), les Centres Régionaux de la Propriété Forestière d’Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine (France), l’Office National des Forêt (France), l’Institut national de la recherche agronomique (France), le Centre de Recerca Ecològica i Aplicacions Forestals - CREAF (Espagne), La Fundación interuniversitaria Fernando González Bernáldez para los espacios naturales - FUNGOBE (Espagne), la Fundacion Centro de Servicios y Promocion Forestal y de su Industria de Castilla y Leon – CESEFOR (Espagne) et l’Instituto Superior de Agronomia – Universidad de Lisboa (Portugal).


Olympe Delmas pour FORESPIR

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